• Traces de lumière*3*

     

     

    Traces de lumière*3*

    (suite)

     

     

    Lundi 15 mai 2006 -Alphonse de LAMARTINE, Harmonies poétiques et religieuses-

    Au début Alphonse de LAMARTINE, voulait écrire des Psaumes modernes en pensant au lyrisme biblique.

    Avec les Harmonies ils célèbrent la bonté et la puissance du créateur. Dans sa préface, à propos des Harmonies il écrit : «…cherchent en elles-mêmes et dans la création qui les environne des degrés pour monter à Dieu :

    Montez donc, flottez donc, roulez, volez, vents, flammes,

    Oiseaux, vagues, rayons, vapeurs, parfums et voix !

    Terre, exhale ton souffle ! Homme, élève ton âme !

    Montez, flottez, roulez, accomplissez vos lois !

    Montez, volez à Dieu ! plus haut, plus haut encore !

    Dans les quatre grandes harmonies que composent les Harmonies poétiques et religieuses le poète pense que tout dans la création révèle l’existence de Dieu. Elles se présentent ainsi :

    Hymne au matin. A l'aube, les vagues de la mer, les forêts, les fleurs, les vents, les oiseaux, le poète lui-même, rendent un hommage à Dieu. Toutes les créatures mêlent leurs accents dans cet hymne d'amour qui monte avec allégresse vers le ciel.
    Le Chêne.  Le poète médite sur un chêne séculaire qu'il a vu aux bains de Casciano ; il dit son humble naissance, sa vitalité, sa puissance, évoque les créatures qui vivent sous son ombre, puis, rappelant l'humilité de son origine, loue Dieu, explication du mystère et source de toute existence
    Milly ou la terre natale. Le poète chante sa petite patrie. D'autres paysages, alpestres ou méditerranéens, possèdent sans doute plus de majesté ; mais son cœur est à Milly. Le domaine lui rappelle tous les souvenirs de son enfance ; il rêve d'y vieillir et d'y mourir.
    Novissima Verba. Le poète, dans un moment de dépression, jette un regard sur la vie qui s'enfuit, rappelle ses déceptions sentimentales et intellectuelles, songe à la mort qui menace ; mais sa conscience lui fait entrevoir un Dieu consolateur, dont l'image chasse l'inquiétude du présent et éclaire le souvenir du passé.

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    Lundi 22 mai 2006 -Alfred de VIGNY La maison du berger -

    Dans son recueil Les destinées, qui porte en sous-titre poèmes philosophiques, le problème de la destinée demeure posé d’un bout à l’autre du recueil. Alfred de VIGNY l’aborde à la fois en tant que poète et en tant que philosophe. Il montre à travers une succession de symboles comment la conscience humaine d’abord esclave arrive à s’affranchir et à proclamer sa liberté.

    En particulier dans La maison du Berger, le poète sensible aux souffrances humaines se reconnaît la mission de guider ses semblables. Pour le poète, si la poésie exige la solitude, c’est pour mieux établir les idées qui guideront les hommes vers le progrès et si possible vers le bonheur. Il considère que l’homme est abandonné de Dieu et qu’il devra se tourner vers ses compagnons d’infortune, et pour mener sa mission fraternelle il sera aidé par la femme plus sensible aux souffrances humaines.

    Voici un extrait de La maison du berger qui contient un hommage à la femme plein d’une poésie délicate et pleine de rêve.

    A Eva

      I

    Si ton cœur, gémissant du poids de notre vie,
    Se traîne et se débat comme un aigle blessé,
    Portant comme le mien, sur son aile asservie,
    Tout un monde fatal, écrasant et glacé ;
    S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
    S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle,
    Eclairer pour lui seul l'horizon effacé ;

    Si ton âme enchaînée, ainsi que l'est mon âme,
    Lasse de son boulet et de son pain amer,
    Sur sa galère en deuil laisse tomber la rame,
    Penche sa tête pâle et pleure sur la mer,
    Et, cherchant dans les flots une route inconnue,
    Y voit, en frissonnant, sur son épaule nue
    La lettre sociale écrite avec le fer ;

    Si ton corps frémissant des passions secrètes,
    S'indigne des regards, timide et palpitant ;
    S'il cherche à sa beauté de profondes retraites
    Pour la mieux dérober au profane insultant ;
    Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges,
    Si ton beau front rougit de passer dans les songes
    D'un impur inconnu qui te voit et t'entend,

    Pars courageusement, laisse toutes les villes ;
    Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin
    Du haut de nos pensers vois les cités serviles
    Comme les rocs fatals de l'esclavage humain.
    Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
    Libres comme la mer autour des sombres îles.
    Marche à travers les champs une fleur à la main.

    La Nature t'attend dans un silence austère ;
    L'herbe élève à tes pieds son nuage des soirs,
    Et le soupir d'adieu du soleil à la terre
    Balance les beaux lys comme des encensoirs.
    La forêt a voilé ses colonnes profondes,
    La montagne se cache, et sur les pâles ondes
    Le saule a suspendu ses chastes reposoirs.

    Le crépuscule ami s'endort dans la vallée,
    Sur l'herbe d'émeraude et sur l'or du gazon,
    Sous les timides joncs de la source isolée
    Et sous le bois rêveur qui tremble à l'horizon,
    Se balance en fuyant dans les grappes sauvages,
    Jette son manteau gris sur le bord des rivages,
    Et des fleurs de la nuit entrouvre la prison.

    Il est sur ma montagne une épaisse bruyère
    Où les pas du chasseur ont peine à se plonger,
    Qui plus haut que nos fronts lève sa tête altière,
    Et garde dans la nuit le pâtre et l'étranger.
    Viens y cacher l'amour et ta divine faute ;
    Si l'herbe est agitée ou n'est pas assez haute,
    J'y roulerai pour toi la Maison du Berger.

    Elle va doucement avec ses quatre roues,
    Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux
    La couleur du corail et celle de tes joues
    Teignent le char nocturne et ses muets essieux.
    Le seuil est parfumé, l'alcôve est large et sombre,
    Et là, parmi les fleurs, nous trouverons dans l'ombre,
    Pour nos cheveux unis, un lit silencieux.

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    Lundi 29 mai 2006 -SAHARA, La passion des sables, le silence des dunes-

    Dans le désert : « On a beau regarder tout autour de soi, près ou loin, on ne distingue rien qui bouge. Quelque fois, par hasard, un petit convoi de chameaux chargés apparaît, comme une file de points noirâtres, montant avec lenteur les pentes sablonneuses : on l’aperçoit seulement quand il aborde au pied des collines. Ce sont des voyageurs : qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Ils ont traversé, sans qu’on les ait vus, tout l’horizon que j’ai sous les yeux. »

    J’ai parcouru une partie du Sahara, je peux dire qu’il y a dans ce désert une mystérieuse magie qui se dégage des chaînes de dunes ou des petites pierres de couleur qui tapissent la plaine d’alluvions. C’est un voyage hors du temps presque mystique et religieux. Cela devient une expérience profonde.

    Au SAHARA le silence est parfait. J’ai trouvé des cailloux de mille couleurs et de mille formes, assemblés en roches bizarres créées par le vent, éparpillés sur des plaines infinies, empilés en tas chaotiques.

    Il y a tout ce sable : sable oxydé, roussi – sable rose orangé- sable lourd et épandu en larges plis de velours – sable couleur fauve – sable léger que le vent emporte au loin – sable brûlant à midi, glacé dans la nuit –

    Souvent à l’aube, la caresse du soleil lentement dissipe une sorte de buée violette de la nuit.

    Charles de FOUCAULT dit : « Ce qu’il y a de merveilleux ici, ce sont les couchers de soleil, les soirées et les nuits… Les soirées sont si calmes, les nuits si sereines, ce grand ciel et ces vastes horizons éclairés à demi par les astres sont si paisibles et chantent silencieusement d’une manière si pénétrante l’Eternel, l’infini, l’au-delà, qu’on passerait des nuits entières dans cette contemplation. »

    Et Antoine de SAINT-EXUPERY ajoute : « J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence. »

    Le désert n’est pas un but, c’est une traversée qui ouvrira le chemin à cet autre soi-même.

    Parmi mes notes prises, ce poème que j’ai écrit lors de mon séjour au SAHARA :

    LA PALMERAIE

    J’écoute le monde dans la douceur d’une palmeraie entourée de sable ocre.

    Le minéral et le végétal vibrent dans la splendeur d’un soleil ardent.

    La nuit, le silence est extraordinaire. Rien ne la trouble.

    La lune semble effleurer les courbes des dunes. Elle fait onduler les ombres.

    Les aubes légèrement humides donnent des aurores incandescentes.

    L’eau des puits, qui coule dans les rigoles de terre des jardins exubérants,

    Donne une constante fraîcheur et des milliers de dattes bien sucrées.

    Je vis au rythme des odeurs florissantes et des herbes grimpantes.

    Ici, le chant des oiseaux glorifie le verger de musique et l’abondance des palmes.

    Le vent aime à caresser les longues feuilles et parfois à ébouriffer les fleurs odorantes.

    Je ne connais pas la solitude, ni les dérives angoissées des matins blêmes.

    Je ne me bâtis pas de futur approximatif. Seulement je regarde pleinement le présent.

     

    Je respecte quotidiennement la parole et les teintes des mots.

    Tout au long du jour, les couleurs épousent harmonieusement l’érubescence de l’erg.

    Des dromadaires au ventre roux, attendent paisiblement le départ de la caravane.

    Les hommes palabrent sous des tentes bédouines et boivent du thé à la menthe.

    Le Dieu est universel. Il est aussi sur la longue piste accompagnant les méharées.

    Les prières voyagent parmi les bastions volcaniques du Tibesti, les vastes plateaux

    Aux contours érodés, les sillons secs des oueds, et les rares points d’eau permanents.

    Un vent chargé de sable ou de poussière se déploie sur plusieurs milliers de kilomètres.

          Des villes mortes surgissent dans le lointain et des roches patinées par l’évaporation du sel

    Forment d’étranges silhouettes pleines de légendaires aventures et de traces oxydées.

    Quelques rares acacias et maigres buissons piquettent le désert par endroit.

    L’incessant mouvement du sable exhume souvent de mystérieux souvenirs du passé.

    La lumière du crépuscule farde d’un rouge orangé les pinacles de grès du Tibesti.

    Les âmes et les esprits errent dans un chaos surnaturel parmi les flèches de basalte.

    L’air y est tellement sec qu’il permet de distinguer au loin des signes de vie.

    Tout est aussi miroir dans ce désert paré d’une beauté grandiose et indéfinissable.

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    Lundi 05 juin 2006 -Paul CEZANNE et la Montagne Sainte-Victoire-

    Pour le peintre, L’art n’est pas une imitation, c’est une interprétation. L’artiste ne copie pas, il crée.

    CEZANNE traitait la nature « par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d’un objet, d’un plan, se dirige vers un point central. Les lignes parallèles à l’horizon donnent l’étendue… Les lignes perpendiculaires à cet horizon donnent la profondeur ». C’est ainsi que les natures mortes du peintre deviennent vivantes.  Dans ses portraits, le peintre leur donne une allure géométrique. Le visage est un ovale parfait, la coiffure dessine un arrondi rigoureux, le bras s’allonge pour exprimer la nonchalance. A propos des paysages il veut traduire l’harmonie et l’éternité de l’univers. Il recherche les oppositions de tons pour exprimer l’air, la vibration de la lumière pour cela il multiplie les touches délicates. Il tente de marier les contraires. Il rassemble le calme des rochers et la végétation ébouriffée. Il travaille sur le contraste des couleurs.  Il arrive à réunir les formes opposées et il finit par faire surgir sur l’horizon aixois la magnifique montagne Sainte-Victoire.

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    Lundi 12 juin 2006 -Richard WAGNER et L’anneau de Nibelung-

    L’écrivain Joël SCHMIDT  a écrit dans une étude consacrée au musicien Richard  Wagner que : « Nous sommes tous habités par une mythologie personnelle qui s’est nourrie de nos expériences, de nos lectures, de nos dégoûts, de nos enthousiasmes, de nos rêves, de notre éducation, mais qui s’est également ancrée dans notre patrimoine familial, dans nos codes génétiques et chromosomiques, dans les respirations et les inspirations de nos ancêtres. Ainsi avons-nous souvent conscience d’entendre les échos étranges des rumeurs lointaines, de humer les vapeurs de sensibilités séculaires, de nous baigner dans les ondes murmurantes d’un passé reculé. Derrière notre regard contemporain, d’autres yeux plus anciens peuvent se mêler aux nôtres et nous adresser, testaments vivants, les messages des mondes antérieurs et de l’histoire qu’ils ont pu contempler. Nous portons dans nos vies bien des vies de ceux qui nous ont précédés, sans le savoir, sans toujours le déchiffrer. Nos sangs et nos semences charrient des richesses intellectuelles insoupçonnées et nous entraînent au plus lointain de nos branches, de nos troncs et de nos racines, là où tout, un jour, commença ».

    A travers les opéras de Richard Wagner courent les éléments de toute vie naturelle divine et humaine que sont : l’eau, l’air, le fer, le feu. La terre et le ciel sont les grands pôles.

    L’eau primordiale rappelle la création du monde. Il y a aussi l’eau noire de la nuit des temps. L’eau devient purificatrice et le symbole de la pureté sur laquelle nage le cygne.

    Le feu est générateur, protecteur, destructeur et créateur du centre de la terre et des forges sombres.

    Le fer donne la puissance. Le fer est brandi en signe de vengeance ou d’allégeance.

    La terre est la mémoire ancestrale des hommes. Mutter-Erde, la terre-mère.

    Le ciel recouvre la terre et réunit l’assemblée des Dieux. Il symbolise l’immortalité.  

    Richard Wagner donne aussi une part importante à la nuit. Nuit du péché, de la peur, des entrailles, de la sécheresse, de la souffrance, qui éveille. Dans Tristan et Isolde il a fait jaillir entre les deux amants toute la possession de la mort et de la nuit d’amour, toutes les amplitudes d’Eros et de Thanatos jusqu’à la finalité extrême et suprême, l’anéantissement cosmique du couple.

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    Lundi 19 juin 2006 -Paul VALERY Album de vers anciens-

    Paul VALERY écrit : « Tandis que le fond unique est exigible de la prose, c’est ici la forme unique qui ordonne et survit. C’est le son, c’est le rythme, ce sont les rapprochements physiques des mots, leurs effets d’induction ou leurs influences mutuelles qui dominent, aux dépens de leur propriété de se consommer en un sens défini et certain. Il faut donc que dans un poème le sens ne puisse l’emporter sur la forme et le détruire sans retour ; c’est au contraire le retour, la forme conservée, ou plutôt exactement reproduite comme unique et nécessaire expression de l’état ou de la pensée qu’elle vient d’engendrer au lecteur, qui est le ressort de la puissance poétique. » La poésie est donc un langage dans le langage.

    Il dit aussi que la poésie prendra de la valeur au moment de la diction : « Quand nous nous serons faits l’instrument de la chose écrite, de manière que notre voix, notre intelligence et tous les ressorts de notre sensibilité se soient composés pour donner vie et présence puissante à l’acte de création de l’auteur. Ainsi, c’est l’exécution du poème qui est le poème. »

    La première qualité pour un poète d’après Paul VALERY est la patience. Il faut savoir attendre le germe qui engendrera le poème : « Le poète s’éveille dans l’homme par un évènement inattendu, un incident extérieur ou intérieur : un arbre, un visage, un sujet, une émotion, un mot. Et tantôt, c’est une volonté d’expression qui commence la partie, un besoin de traduire ce que l’on sent ; mais tantôt, c’est, au contraire, un élément de forme, une esquisse d’expression qui cherche sa cause, qui se cherche un sens dans l’espace de mon âme… Observez bien cette dualité possible d’une entrée en jeu : parfois quelque chose veut s’exprimer, parfois quelque moyen d’expression veut quelque chose à servir. »

     

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    Lundi 11 septembre 2006 -Georges BRASSENS Les dames du temps jadis-

     

    Georges BRASSENS dit : « Mon individualisme d’anarchiste, c’est un combat pour garder ma pensée libre : je ne veux pas recevoir d’un groupe ma loi. Ma loi, je me la fais moi-même. »

    Il préfère toujours les personnes aux idées :

    « Il est fou de perdre la vie pour des idées

    Des idées comme ça, qui viennent et qui font

    Trois petits tours, trois petits morts, et puis s’en vont. »

    Pour BRASSENS la femme reste toujours promesse et accueil. Il est aussi un chantre puissant et même délicat de la nature. Il sème le vent et récolte la bourrasque à longueur de couplets.

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    Lundi 18 septembre 2006 -Charles CROS Le graveur de voix-

     

    Il est l’Inventeur du phonographe mais son comportement est spécial. Il improvise avec génie et sureté, mais matériellement il ne réalise pas son invention. C’est pourquoi EDISON obtient le brevet. Dans ce poème Charles CROS se confie :

    Je sais faire des vers perpétuels. Les hommes
    Sont ravis à ma voix qui dit la vérité.
    La suprême raison dont j'ai fier, hérité
    Ne se payerait pas avec toutes les sommes.

    J'ai tout touché : le feu, les femmes et les pommes ;
    J'ai tout senti : l'hiver, le printemps et l’été ;
    J'ai tout trouvé, nul mur ne m'ayant arrêté.
    Mais Chance, dis-moi donc de quel nom tu te nommes ?

    Je me distrais à voir à travers les carreaux
    Des boutiques, les gants, les truffes et les chèques
    Où le bonheur est un suivi de six zéros.

    Je m'étonne, valant bien les rois, les évêques,
    Les colonels et les receveurs généraux
    De n'avoir pas de l’eau, du soleil, des pastèques.

    Dans le poème Inscription qui ouvre le second recueil Le Collier de griffes paru après sa mort, Charles CROS confesse ses dons et ses ambitions, et retrace l’étendue de son domaine lyrique et scientifique.

    Mon âme est comme un ciel sans bornes ;
    Elle a des immensités mornes
    Et d'innombrables soleils clairs ;
    Aussi, malgré le mal, ma vie
    De tant de diamants ravie
    Se mire au ruisseau de mes vers.

    Je dirai donc en ces paroles
    Mes visions qu'on croyait folles,
    Ma réponse aux mondes lointains
    Qui nous adressaient leurs messages,
    Eclairs incompris de nos sages
    Et qui, lassés, se sont éteints.

    Dans ma recherche coutumière
    Tous les secrets de la lumière,
    Tous les mystères du cerveau,
    J'ai tout fouillé, j'ai su tout dire,
    Faire pleurer et faire rire
    Et montrer le monde nouveau.

    J'ai voulu que les tons, la grâce,
    Tout ce que reflète une glace,
    L'ivresse d'un bal d'opéra,
    Les soirs de rubis, l'ombre verte
    Se fixent sur la plaque inerte.
    Je l'ai voulu, cela sera.

    Comme les traits dans les camées
    J'ai voulu que les voix aimées
    Soient un bien, qu'on garde à jamais,
    Et puissent répéter le rêve
    Musical de l'heure trop brève ;
    Le temps veut fuir, je le soumets.

    Et les hommes, sans ironie,
    Diront que j'avais du génie
    Et, dans les siècles apaisés,
    Les femmes diront que mes lèvres,
    Malgré les luttes et les fièvres,
    Savaient les suprêmes baisers.

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    Lundi 25 septembre 2006 -Le Moyen-Age, naissance de la Société Française-

    Le Moyen-Age se situe entre l’Antiquité et le début des Temps modernes soit 10 siècles du 5ième au 15ième siècle. Pour les historiens : de la chute de l’Empire d’Occident (476) à la prise de Constantinople par les Turcs (1453) et, pour d’autres historiens jusqu’au commencement de la Réforme protestante (1517).

    Cette époque peut être considérée comme le point de départ de la civilisation européenne. Avec Clovis qui se convertit au catholicisme l’histoire des Francs coïncide avec le début de l’histoire de France. La première dynastie des rois Francs vient de naître sous le nom de Mérovingiens. Au début du 7ème siècle, une grave menace pèse sur le monde chrétien : La guerre sainte déclarée par les Arabes aux infidèles. Cette invasion sera stoppée en 732 à Poitiers par les Francs (sous le commandement de Charles Martel). Victoire précieuse qui renforce l’unité du royaume.

    Une nouvelle dynastie naît : les Carolingiens. Elle connait son apogée sous le règne de Charlemagne qui tente de réaliser l’unité politique et religieuse de l’Europe Occidentale et d’en être le chef suprême. Voulant repousser les Arabes hors des Pyrénées. Et c’est au cours de cette campagne guerrière qu’est tué son neveu Roland. Les Poètes de l’époque immortaliseront ce preux chevalier dans la fameuse : Chanson de Roland. Charlemagne devient Empereur : le saint Empire Romain d’Occident est fondé. Charlemagne est à l’origine de l’enseignement primaire populaire : l’école.

    Devant l’impuissance des derniers carolingiens à repousser les envahisseurs Normands, les populations se mettent alors sous la protection d’une multitude de seigneurs locaux propriétaires de châteaux ou de places fortes qui servent de refuges aux paysans terrifiés. C’est donc du malheur que naît la Féodalité. En demandant asile et protection, les seigneurs obligent les paysans à certains services ou redevances et à leur promettre obéissance et fidélité. La dynastie carolingienne disparaît avec l’arrivée d’Hugues Capet et les Capétiens.

    Le rôle de l’Eglise au Moyen - Age est déterminant. Elle transforme la Chevalerie en une institution morale et spirituelle. Le futur chevalier se prépare à son sacre, par la veillée d’armes (nuit de prières et de méditation suivie de la messe et de la communion). Il lui est recommandé ensuite d’être un preux loyal et hardi, de protéger les pauvres, les veuves, les orphelins, les pèlerins et les voyageurs. Ses armes déposées sur l’autel sont bénites. Avant de les reprendre le chevalier jure de respecter tous les devoirs qu’on vient de lui rappeler. La chevalerie contribue à adoucir les mœurs. Elle développe :

    Le sentiment de l’honneur - le respect de la femme -  la protection des faibles - la vénération des lieux et des personnes consacrés à Dieu -  la fidélité à la parole donnée. Elle sera à l’origine des Croisades -

    Cet idéal de chevalerie sera chanté par les poètes du Moyen - Age dans leurs chansons de gestes. Il forme un fond de civilisation morale de courtoisie.  Les œuvres de bienfaisance et les hôpitaux se multiplient et se mettent au service de l’humanité souffrante : soins des lépreux, aide aux malheureux, rachat des captifs, hospitalisation des pèlerins, etc…

    La France se peuple de monastères. Les moines en dehors du temps de prière et de recueillement exercent toute sorte de métier. Ils cultivent, Ils construisent des ponts, Ils tracent des routes, Ils défrichent des bois, Ils dessèchent les marais, Ils canalisent les rivières, Ils plantent sur les coteaux les fameux vignobles de France. Grâce à eux, l’élevage et l’agriculture se développent, (renom des fromages et des vins).

    Les ordres religieux sont nombreux (bénédictins, cisterciens, célestins, capucins, chartreux, dominicains, franciscains, etc…) et connaissent une influence grandissante grâce à la présence spirituelle de grands saints.

    Tout cet épanouissement social, spirituel, intellectuel connaît son apogée grâce à :

    Philippe–Auguste qui reconnaît la corporation des maîtres et des élèves. Elle donnera naissance à l’Université (partagée en 4 facultés : les arts, la médecine, le droit et la théologie). Pour abriter la foule des élèves pauvres on crée aux alentours de l’université de nombreux collèges : le plus célèbre (fondé par Robert de Sorbon) s’appelle la Sorbonne.

    Cette période moyenâgeuse voit la floraison de belles églises et de cathédrales. C’est l’art chrétien dans toute sa splendeur et uniquement au service de Dieu. Du plus humble laboureur jusqu’au plus puissant monarque tout le monde participe à la construction. Au 12ième et 13ième siècle le style roman (plan basilical, voûte), fait place au style gothique (forme ogivale ou aiguë des voûtes, richesse des ornements, multitudes des statues sculptées dans la masse des monuments, la beauté des verrières, l’élégance et la légèreté de l’édifice tout entier). C’est de cette époque que datent : Notre – Dame de Paris, La Sainte Chapelle, Les cathédrales d’Amiens, de Reims, de Chartres, et de tant d’autres.

    Au 12ième siècle s’organise les corps de métier : corporations.

    La corporation est l’association volontaire (patrons, compagnons, apprentis) de tous ceux qui exercent le même métier. Son but : maintenir l’égalité entre tous et empêcher qu’un patron s’enrichit aux dépens des autres, d’obtenir que le travail soit exécuté avec sérieux. Un maître n’a pas le droit d’avoir plusieurs ateliers, ni plus d’apprentis que ses confrères. Le travail est réglé : Il commence au lever du soleil et se termine au coucher. Les dimanches et les jours fériés sont jours chômés. Tous les ouvriers et tous les patrons d’une même corporation se réunissent une fois par an en assemblée générale pour y élire les chefs de la corporation. Ces élus s’appellent prud’hommes, ils doivent surveiller le travail et ont le droit d’infliger des amendes et des pénalités.

    Les corporations sont doublées de confréries. Chaque confrérie a son saint patron, sa chapelle, sa fête, sa caisse de secours. Grâce à l’union existante entre patrons et ouvriers, la question sociale est en partie résolue.

    Malgré ce grand épanouissement des périodes sombres arrivent. L’église condamne et combat avec dureté les soi-disant sectes hérétiques. L’inquisition vient de naître. L’église s’acharne en particulier sur : Les Vaudois et Les Cathares.

    Les Vaudois sous l’influence d’un marchand de Lyon : Pierre Vaudo ou Vaudes : Condamnent le travail et la propriété individuelle, Dénoncent les richesses de l’église et des seigneurs, Rejettent le  culte des saints, le sacerdoce et la plupart des sacrements. Les Vaudois excommuniés par le Pape, pourchassés, se réfugient dans les Alpes. Ils sont les précurseurs du protestantisme.

    Les Albigeois ou les Cathares sont injustement considérés par le pouvoir religieux comme faisant partie d’une secte hérétique (en grec catharos : pur). La ville d’Albi est le centre religieux. Les Cathares condamnent : Les serments, Le droit de propriété, L’obéissance à l’autorité, Le mariage…

    Leur doctrine emprunte à la fois au manichéisme ancien et au christianisme. Le principal rite Cathare est le Consolament, administré par les Parfaits : il correspond à l’ensemble des sacrements.

    L’austérité morale des Cathares contrastant avec l’opulence, et le relâchement du clergé catholique, leur assure grand succès, auprès de la noblesse du Midi. Mais l’église envoie Pierre de Castelnau légat du Pape auprès du Comte de Toulouse : Raymond VI, dans le but d’obtenir la conversion des Cathares. Mais cette entrevue se termine par l’assassinat du légat du Pape. Il s’en suit une terrible répression : la croisade contre les Albigeois, menée par les seigneurs du Nord et Simon de Montfort est une guerre atroce qui durera pendant quelques années. Le Midi saigne, souffre, succombe. Il aura du mal à s’en remettre.   

    Les Pèlerinages : Le pèlerinage est un acte par lequel on se met pour un temps au service exclusif de Dieu. Il est la forme éminente de la prière et de la pénitence. Tout le monde va en pèlerinage du simple laboureur au grand seigneur. Les pèlerinages les plus célèbres : Saint–Jacques de Compostelle, Rome, Jérusalem, Le Vézelay, Le Puy, Conques, Le Mont Saint–Michel… Les pèlerinages durent parfois des mois ou des années. Des difficultés attendent les pèlerins : - bandits de grand chemin, - le froid, - la fatigue…

    De nombreuses abbayes, des monastères, des hospices, des œuvres de charité jalonnent les chemins des pèlerins et offrent l’hospitalité. Cette marche pour Dieu fait sentir au pèlerin ce qu’il y a d’exaltant dans la religion : son désir passionné d’infini, son impatience des limites.

    Les Croisades :

    A partir du 11ième siècle, les Turcs qui occupent la Palestine et Jérusalem se mettent à maltraiter les pèlerins. Ils les pillent et ils prélèvent un impôt à la porte de la ville et sur les lieux saints. Même parfois ils les empêchent d’entrer dans Jérusalem. Une vive émotion s’empare de toute la chrétienté : elle s’indigne, elle veut libérer le tombeau du Christ ; ainsi commence les Croisades. Sur leur poitrine les volontaires attachent une croix de drap rouge. D’où le nom de Croisés. Le pape Urbain II, menace d’excommunication tous ceux qui toucheront aux biens et aux familles des Croisés pendant leur absence.

    La première Croisade commandée par Godefroy de Bouillon, mettra deux années pour délivrer Jérusalem et la Palestine. Pour défendre la Palestine, on organise des ordres de moines – soldats : Les Chevaliers de Saint–Jean ou Hospitaliers, Les Chevaliers du Temple ou Templiers, Et un ordre allemand : les Chevaliers Teutoniques. Ces trois ordres constituent l’armée permanente de la Palestine. Mais après un siècle d’occupation, les Turcs reprennent Jérusalem et la Palestine.

    Des nouvelles Croisades s’organisent. Certaines échouent, d’autres connaissent un demi–succès. Jérusalem reste aux mains des Turcs, mais la croix sur laquelle est mort le Christ est restituée aux chrétiens et, de nombreux fragments de cette relique sont recueillis dans les églises d’Occident.  

    C’est au cours d’une croisade que Saint-Louis, meurt atteint par la peste lors de son débarquement à Carthage. Son armée atteinte aussi par le terrible fléau est décimée. Avec Saint–Louis se termine les grandes Croisades. Désormais selon le vœu de Saint–Louis, c’est la conquête pacifique des missionnaires qui fera suite aux Croisades militaires.

    Pour l’histoire les Croisades malgré tout :

    Renforcent la chrétienté, Arrêtent les invasions musulmanes, Rendent le libre accès aux lieux saints, chassent en partie les pirates de la Méditerranée, -Permettent l’arrivée de produits africains et orientaux dans les ports du Sud de l’Europe, -Développent le commerce dans les villes et freinent de nombreuses famines.

    Parmi les rois capétiens célèbrent :

    Philippe–Auguste, qui remporte à Bouvines une grande victoire face à une coalition européenne. Cette victoire témoigne d’un sens national chez les Français. Philippe–Auguste : développe le commerce, -fait construire le Louvre, -et une nouvelle enceinte (la Tour de Nesle). Il donne à l’université de Paris un rayonnement qui s’étend dans tout l’Occident.  Il renforce l’autorité royale.

    Louis IX dit Saint–Louis, très empreint d’idéal chrétien, il mène une vie spirituelle qui le pousse à partir en Croisades. Il fait construire la Sainte Chapelle pour servir de reliquaire à la Sainte Couronne d’épines que le Christ a portée. Sa vie est faite de charité : Invite les mendiants à sa table, -Visite les léproseries…

    Il devient arbitre dans les grands conflits politiques de l’Europe. Il fait construire de nombreux hôpitaux ou hôtels–Dieu.

    Le conflit qui oppose Philippe–le–Bel au pape Boniface VIII à propos de la primauté du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel a pour conséquence l’installation de la papauté à Avignon durant 70 ans. Le retour de la papauté à Rome est l’œuvre de Sainte Catherine de Sienne qui convainc le pape Grégoire XI à revenir à Rome qui est en pleine décadence. Ce retour dans la vie éternelle, froisse le roi de France Charles V, mais redonne à Rome un grand rayonnement.

    La France durant ce Moyen–Age connaît une longue et désastreuse période provoquée par le conflit qui l’oppose à l’Angleterre et se traduit par la guerre de Cent Ans. Durant cette guerre sans merci, un événement extraordinaire se produit. La vocation de Jeanne d’Arc à vouloir libérer la France, semblerait être suscitée par une intervention divine.

    La France avec Jeanne d’Arc se libère du joug anglais. Mais notre héroïne connaît une mort atroce : abandonnée par le clergé et une partie de la royauté. Son procès est une parodie. La mission de Jeanne d’Arc a été providentielle pour la France. La chrétienté connaît une période difficile.

    L’église catholique, se heurte à la doctrine orthodoxe (grecque, russe) et l’église anglicane. Cette confrontation affaiblit l’unité chrétienne, de nombreuses divisions apparaissent. L’unité est brisée.

    Lorsque l’église d’Orient menacée par les Turcs appelle à l’aide, il est trop tard.

    En 1453, sous la conduite de Mahomet II les Turcs s’emparent de Constantinople et le croissant de Mahomet remplace la croix du Christ sur le dôme de la basilique Sainte – Sophie. Les Turcs veulent pénétrer plus en Europe mais l’unité tardive de la chrétienté les empêche. Pour les historiens, la prise de Constantinople semble marquer la fin du Moyen–Age.

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