• Traces de lumière*10*

     

     

    Traces de lumière*4*

    (suite)

     

     

     

    Lundi 19 mai 2008  -Le Lac de L’Ouest (HANGZHOU / Chine) :
     

    Extrait de mon carnet de route en Chine  mai 2008 - LE LAC de L’OUEST -

    « Dans les eaux bleues scintillantes d’un lac entouré de plantes luxuriantes, des montagnes verdoyantes se reflètent. Les nénuphars décorés de magnifiques fleurs de lotus s’étalent le long des rives du lac. Les fleurs d’osmanthe exhalent un parfum suave.

    Dans les nombreux parcs et jardins peuplés de myriades de fleurs on découvre de magnifiques pavillons, des pagodes, des tours aux murs gravés de légende et quelques roches sculptées.

    Le jardin chinois est une reproduction du cosmos en miniature. Sa disposition est une source d’harmonie et d’équilibre entre le yin et le yang permettant la circulation de l’énergie universelle. Il faut écouter le chant des rossignols dans les saules ondoyants et contempler la danse des poissons. Peu à peu on atteint une tranquillité du corps, une modération des paroles et la compréhension du regard.

    Au bord d’une berge plantée de saules et de peupliers, je m’allonge sur l’herbe qui embaume. Cette herbe paraît-il adoucit les âmes écorchées par la vie. Tout près un petit pavillon décoré de cristaux roses et jaunes et de quelques fragments de jade laisse échapper l’odeur du bois de santal. Un léger vent apporte quelques pétales et quelques volutes d’encens. Le tintement d’une cloche annonce le soleil qui se couche et les ombres qui commencent à s’étirer. Dans le ciel la lune resplendit comme de la soie blanchie.

    Un léger froissement me fait tourner la tête. Une femme vient de sortir du petit pavillon.

    Elle avance vers moi. Elle vient m’offrir des accessoires de calligraphie et de peinture et du thé aux grains de lotus et aux fleurs de cerisiers. Puis elle se met à danser dans des mouvements lents et harmonieux.

    Elle porte deux nattes de rubans colorés qui dessinent sur sa nuque deux bouquets de camélias. Entre ses sourcils, scintille une feuille d’or finement ciselée. Ses joues sont légèrement poudrées de rouge pâle. Ses lèvres portent deux touches vermillon en leur centre comme deux pétales de fleurs de prunier. Sa robe de soie plissée s’ouvre en dansant comme une pivoine. Elle bouge gracieusement ses bras qui sont drapés de longues manches peintes.

    Dans le filet lumineux de la lune, ses mains s’inclinent, se recourbent avec gracilité.

    Les manches s’ouvrent comme des ailes de papillon et les bras comme un éventail.

    Je suis ses évolutions en me libérant d’un trop plein inutile.

    Elle m’invite à peindre et à calligraphier sous l’influence d’une énergie nouvelle en buvant mon thé.

    Sur le tableau je peints l’aube printanière, la lune d’automne sur le lac calme, l’essence du lac et la fameuse scène du pont brisé qui laisse entrevoir une vue céleste.

    La femme a rejoint son petit pavillon son visage est devenu un voile doré comme un petit soleil de nuit.

    J’écris en calligraphiant les mots :

    La beauté est une rencontre jaillie de la senteur du sol originel.

    Ne laisse pas en ce lieu les mouvements de ton corps ni les bontés de ton esprit, mais seulement quelques traces de tes pas. Afin qu’un jour le vent s’initie à ton rythme, à ton silence et à ton cri.

    Et qu’il fixe enfin ton chemin. »

    --------------

     Lundi 26 mai 2008  -Le tourment de la Licorne, Max ROUQUETTE :

    Max ROUQUETTE, nous révèle dans son écriture poétique l’infinie solitude de l’homme et par son œuvre nous introduit aux mystères de notre présence au monde. Dans son recueil Le tourment de la licorne, ses poèmes sont centrés en partie sur la fascination de la nuit. Cette fascination qui a goût de rêve et d'inguérissable tourment prend les traits de la licorne, bête fabuleuse dont le galop solitaire figure tout ce qui, enseveli dans l'être d'un homme, vient un jour, au hasard de ses jours, faire surface au plan de la source endormie… On y rencontre en particulier La Rose bengaline qui est la fleur indicible de la quête existentielle :

                        « Un ciel de gel,

                           Un roc perdu,

                           Des palombes endormies

                           Sous l’œil gris-vert mi-sommeillant

                          De quelques Mélusine,

                          Dans le fond d’un bois suspendu,

                          La Rose bengaline…

                          L’oubli toujours,

                          Comme une fleur

                          De frêle cendre obscure,

                          Le froid, souvent,

                          La nuit des temps

                          Et sa grande forêt obscure,

                          Les ronces et les abîmes

                          Et les louves maigres du vent…

                          Là où elle ensevelie

                         Qui dénicherait

                         Cette fleur éclose ?

                         Au fond du désert

                         Où elle est cachée

                         Qui découvrirait

                         La Rose perdue ? »

    --------------

     Lundi 2 juin 2008   Arthur RIMBAUD, Les illuminations :

    Les poèmes en prose des Illuminations rassemblés par Paul VERLAINE sont censés rappeler des enluminures, des tourillons de couleurs et des vertiges fantastiques. Ils représentant la synthèse d’une expérience. Sur l’arbre de sa vie, le poète greffe les sensations de la fiction et les reflets métamorphosés des lectures, des errances solitaires ou partagées. Il éclaire aussi ses confessions à la lumière poétique. Il transpose symboliquement les lieux et les êtres sur lesquels il tente une percée intérieure profonde. « Pionnier de l’avenir, RIMBAUD voit plus que tout autre ce qui est en nous ancré, et il se voit explorant des labyrinthes incessants, des univers hors des habituelles données du temps et de l’espace. De ses émotions apparemment désorganisées, il se fait l’orchestrateur. »

    Dans Les illuminations on trouve un RIMBAUD mystique, prophétique, imaginatif, voyant, assoiffé de splendeurs nouvelles, affamé d’azurs inouïs…

     « Matinée d’ivresse

    Ô mon Bien ! Ô mon Beau ! Fanfare atroce où je ne trébuche point ! Chevalet féerique ! Hourra pour l'œuvre inouïe et pour le corps merveilleux, pour la première fois ! Cela commença sous les rires des enfants, cela finira par eux. Ce poison va rester dans toutes nos veines même quand, la fanfare tournant, nous serons rendu à l'ancienne inharmonie. Ô maintenant, nous si digne de ces tortures ! Rassemblons fervemment cette promesse surhumaine faite à notre corps et à notre âme créés : cette promesse, cette démence ! L'élégance, la science, la violence ! On nous a promis d'enterrer dans l'ombre l'arbre du bien et du mal, de déporter les honnêtetés tyranniques, afin que nous amenions notre très pur amour. Cela commença par quelques dégoûts et cela finit, — ne pouvant nous saisir sur-le-champ de cette éternité, — cela finit par une débandade de parfums.

    Rires des enfants, discrétion des esclaves, austérité des vierges, horreur des figures et des objets d'ici, sacrés soyez-vous par le souvenir de cette veille. Cela commençait par toute la rustrerie, voici que cela finit par des anges de flamme et de glace.
    Petite veille d'ivresse, sainte ! Quand ce ne serait que pour le masque dont tu nous as gratifié. Nous t'affirmons, méthode ! Nous n'oublions pas que tu as glorifié hier chacun de nos âges. Nous avons foi au poison. Nous savons donner notre vie tout entière tous les jours.
    Voici le temps des Assassins. »

    --------------

     Lundi 9 juin 2008    -L’aube du long voyage :

    Ce poème extrait de mon recueil L’aube du long voyage

    Les légendes se forment sous nos pas et les grandes solitudes mangent la pierre.

    Les couleurs de l’aube portent le pollen et les voix lointaines des vents.

    Elles tentent d’effacer les traces amères de l’attente et de l’oubli.

    Aux confins du monde, on cherche les sourires d’une alliance,

    Un corps jaspé de lumière, un ciel plein d’oiseaux, et des grains d’encens.

    L’aube se lève parmi la solitude des eaux et l’inconstance des hommes.

    A l’horizon, les montagnes semblent s’appuyer contre le bleu naissant du ciel.

    Tout près, un arbre tend éperdument ses branches au ciel, car le lierre qui l’enlace

    L’étrangle de plus en plus. Chaque feuille est un mot brodé sur la lumière.

    Parfois la nostalgie embrume les éclats lacunaires et les lacis de fibres nerveuses.

     Le chemin secret qui mène aux abîmes de la douleur est plein de cailloux striés.

    Et sur les murs s’affichent grossièrement des palindromes et des palinodies.

    Des milliers de cierges amplifient la mort et empanachent des catafalques.

    Depuis les temps primitifs, on passe à travers des découpures d’ombre et de lumière.

    On entre dans le voile des choses créées pour en extraire un peu de sève de l’Arbre de vie.

    La terre au fond de ses entrailles élabore les nouvelles semailles.

    La moisson est mise en meule puis sac à sac regagne le grenier.

    Elle fait alliance avec le vin sur la table pour la nourriture de l’âme et du corps

    Et la promesse d’un monde nouveau loin du mensonge et du prétendu.

    Dans la prière, on écoute aux portes du silence et des brumes tranquilles.

    Parmi les reposoirs solennels, quelques réconciliations timides tentent d’effacer

    Quelques rides, quelques miroirs inattendus, dans la splendeur évaporée des choses.

    Des plis démesurés se forment et se déforment sur les taches et les cendres magiques

    Au milieu d’un doigt dominateur qui navigue sur un vaisseau fantôme auréolé de crépuscule.

    Et dans l’éveil des cœurs, commence la saison des fiançailles du printemps et de la jeunesse.

    Depuis la nuit des temps, la terre se peuple d’une myriade d’espèces vivantes

    Qui éprouvent aussi le plaisir, la douleur, et qui veulent évoluer sur une terre nouvelle.

    Sur le continent des hommes, on proclame la sagesse du Proverbe et la Parabole nuptiale.

    On existe dans un cycle cosmique aux contours indéfinis et dans les mouvances spirituelles.

    Dans le jardin de la quiétude naît le mystère de l’essence et l’alphabet céleste. »

    ---------------

    Lundi 16 juin 2008  -Les buveurs d’horizon, étranges voyageurs :

       « L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,

       Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine ?

       Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,

       Et l’animer encore d’une voix argentine,

       L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs ?... »

    (Moesta et errabunda, Charles BAUDELAIRE)

       « Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse

       Et roule bord sur bord et tangue et se balance.

       Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins,

       Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences,

       Plus belles que le rythme las des chants humains… »

    (Je me suis embarqué, Jean de La VILLE DE MIRMONT)

       « La mer est belle et claire et pleine de voyages.

       A quoi bon s’attarder près des phares du soir

       Et regarder le jeu tournant de leurs miroirs

       Réverbérer au loin des lumières trop sages ?

       La mer est belle et claire et pleine de voyages

       Et les flammes des horizons, comme des dents,

       Mordent le désir fou, dans chaque cœur ardent.

       L’inconnu est seul roi des volontés sauvages… »

    (Emile VERHAEREN)

       « …Partir toujours partir

       Courir à la renverse

       Les départs dépistés sur les traits du matin

       A la conquête des solitudes étrangères

       Que le rêve haletant connait seul et traverse

       Comme un désert ardent un désert humide

       Où la chair et l’esprit se mêlent

       Dans une boue savoureuse

       Ivresse du sang mêlé

       De la détresse de mon cœur et de mon corps

       Au monde entier. »

    (Les buveurs d’horizon, Pierre REVERDY)

    ---------------

     

     Lundi 23 juin 2008   -Paul VALERY, Nécessité de la poésie :

    D’après Paul VALERY : « Dans le Poète : l’oreille parle ; - la bouche écoute ; - c’est l’intelligence, l’éveil, qui enfante et rêve ; - c’est le sommeil qui voit clair ; c’est l’image et le phantasme qui regardent ; - c’est le manque et la lacune qui créent. » Il dit aussi : 

    « Le vers s’établit dans un équilibre admirable et fort délicat  entre la force sensuelle et la force intellectuelle du langage. »

    « Un poème est un discours qui exige et qui entraîne une liaison continuée entre la voix qui est et la voix qui vient et qui doit venir. Et cette voix doit être telle qu’elle s’impose, et qu’elle excite l’état affectif dont le texte soit l’unique expression verbale. »

    « Le poète s’éveille dans l’homme par un évènement inattendu, un incident extérieur ou intérieur : un arbre, un visage, un sujet, une émotion, un mot. Et tantôt, c’est une volonté d’expression qui commence la partie, un besoin de traduire ce que l’on sent ; mais tantôt, c’est, au contraire un élément de forme, une esquisse d’expression qui cherche sa cause, qui se cherche un sens dans l’espace de mon âme… Observez bien cette dualité possible d’entrée en jeu : parfois quelque chose veut s’exprimer, parfois quelque moyen d’expression veut quelque chose à servir. »

    Paul VALERY insiste surtout qu’il faut : « Veuillez observer que la durée de composition d’un poème même très court pouvant absorber des années, l’action du poème sur un lecteur s’accomplira en quelques minutes. En quelques minutes, ce lecteur recevra le choc de trouvailles, de rapprochements, de lueurs d’expression, accumulés pendant des mois de recherche, d’attente, de patience et d’impatience. »

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :